présentation

Principes et orientations

PhiCTIONS est un collectif engagé dans la construction d’un espace de recherche, de rencontre et de création, où la philosophie opère comme mot-valise, et pensée-voyageuse avec et entre les différentes fictions : artistiques, politiques ou autres.

La présupposition de départ serait que la philosophie n’a pas de domaine propre, ni de chez soi. Ne pouvant pas elle-même tenir un discours propre, elle ne parle qu’en exil de soi-même. Elle emprunte les costumes des autres, elle campe entre les différentes formes de rationalité et de discours, elle aspire à agir sur leurs frontières, tracer des lignes inattendues, faire bifurquer des chemins trop répandus. En deux mots : parcourir et modifier, à travers des actes singuliers et des pas précaires, la cartographie du pensable.

Pourquoi fictions ? Parce que la « pensée réaliste » n’est qu’une forme de rêve. Parce qu’il n’y a de prise sur le réel que sous la forme des différentes fictions. Et n’importe quelle fiction, même si elle ne dit rien sur la politique, peut être une politique au sens fort. Une reconfiguration locale qui partage ou divise le commun.

L’orientation fondamentale n’est pas une analyse des mécanismes d’asservissement, mais une pensée de l’émancipation. PhiCTIONS c’est le rêve d’une nuit insomniaque et inquiète ; c’est le rêve d’une enquête sur les multiples résistances contemporaines face à l’emprise d’un monde im-monde et son industrie des vies jetables. Or, une telle enquête ne peut prendre corps que là où nos catégories de pensée tremblent, là où penser est un geste chargé de risques. Et de ratages.

Il s’agit de tenir à la fois un double pari :

– frayer un chemin où théorie et pratique se forment et s’informent sans cesse l’une de l’autre ;

– mener une recherche de formes et de modes de transmission, de mise en partage des intelligences sensibles.

Opérations : « étude » et « enquête »

Comment tout cela a commencé ? Nous avons surement oublié. Peut-être d’un affect commun, d’un sentiment partagé : que les choses s’arrêtent lorsqu’elles semblent réellement commencer. PhiCTIONS, c’est la volonté de construire une durée, une permanence. Prendre en charge une situation de précarité pour essayer d’annuler ses effets.

  • Construction d’un lieu d’étude et d’auto-apprentissage.

Une enquête sur les multiples résistances contemporaines ne peut se faire qu’à travers une interrogation ouverte sur ce que c’est qu’« étudier ». Du point de vu de son acte, des ses « objets » et des gens qui y participent.

Qu’est-ce qui peut être un processus d’apprentissage lorsque « formation » rime avec autre chose qu’« adaptation » ? Ou lorsque l’apprentissage désigne autre chose qu’essayer d’intégrer ce monde immonde et s’y rendre performant?

Nous cherchons, et pour chercher nous avons besoin de trouver des relations étudiantes qui ne soient pas une pâle copie des binarités hiérarchiques entre des tonneaux pleins – généralement appelés « enseignants » – et des tonneaux vides – les « enseignés ». Dans PhiCTIONS nous sommes tous des étudiants.

Parce qu’il s’agit d’étudier ce que nous ne savons pas encore. Parce qu’enseigner n’est autre chose qu’une manière de continuer à apprendre. Parce que vouloir se servir de sa propre intelligence veut dire qu’il y a processus d’auto-apprentissage ou arrêt de processus. Contre le pédagogisme autoritaire qui présuppose le privilège que s’octroie le maître de posséder ce dont l’élève manque ou l’avant-gardisme révolutionnaire qui présuppose le privilège de savoir d’avance le chemin à suivre, il ne s’agit ni de crier au lynchage de toute figure de maîtrise ni d’évacuer toute forme de relation au profit d’un « échange de savoirs », aseptisé et bureaucratisé.

  • Enquête plutôt que conquête du commun

Laissons tomber les jolis mots d’un « autre » lieu, d’un lieu « autre ». PhiCTIONS n’est pas un lieu utopique, c’est l’hypothèse mobile d’un tissage du commun dans un espace hétérotopique.

Ce n’est pas la conquête d’un petit village de résistants néogaulois dans une marge isolée du nouvel Empire qui anime la fiction de nos désirs. Non pas parce que nous manquons de potion magique. Mais parce que ce monde immonde s’accommode bien avec les lieux alternatifs miniatures et les espaces bornés d’exception. Il produit et reproduit des organes sans corps, des témoins sans histoire, des individus sans sujets, des sujets sans collectif. Les fragments de nos vies sont disposés sur le sol de la dé-composition, de la dé-liaison, de la dé-faite.

A l’intérieur de ce qui se donne sous le dogme : « There Is No Alternative », les résistances sont nombreuses à fleurir. Pendant une longue séquence, le marxisme a opéré comme un langage commun de la révolte, partagé même par des acteurs, des organisations, et des conceptions politiques qui se disputaient entre elles. Aujourd’hui, les résistances semblent « couchées », « posées », « disposées » dans des sites à ce point différents qu’il est impossible de trouver pour eux un espace d’accueil, de définir au-dessous des uns et des autres un lieu commun.

PhiCTIONS c’est l’inquiétude et l’enquête du commun alors même que le sol de composition se dérobe sous non pieds. Une enquête qui doit reposer et réinventer sans cesse ses conditions, et, pour ce faire, se met en rapport avec certaines démarches artistiques dans leur capacité à « faire voir autrement ».

Nous n’essayerons pas de remédier à notre manque, mais de faire et continuer à faire à partir de ce manque. Contre le cycle tragique où tout projet de libération finit par engendrer de nouvelles formes de domination, nos phictions essaient de coudre, découdre et recoudre autrement notre réel. Dans le creux de toute réussite pleine et syntaxe lisse.

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